Après un séjour qui m'a replongé dans le bain, au milieu de moments de douceur et de projets de plus en plus concrets de "retour au bercail", une question lancinante est venue brouiller ce tableau idyllique : pourquoi l'image du "tsarfat" s'est elle ainsi dégradée en Eretz ?
Je n'ai pas de reponse évidente, mais certaines conversations m'ont quelque peu éclairé et j'en ai retenu quelques remarques :
*Difficile d'être accepté d'emblée comme un "enfant du pays" quand on n'en parle pas la langue (parler ne voulant pas dire savoir demander sa route ou commander un repas), comme moi, je le précise . J'ai bien compris ce ressentiment quand je me suis surpris à être très irrité d'entendre les russes parler partout entre eux dans leur langue, sans me rendre tout de suite compte que nous faisions pareil !!
*Même si nous n'y sommes pour rien,n'étant pas responsables d'un taux de change actuellement avantageux qui accentue cette vision des choses, il est toujours difficile, lorsque l'on traverse une période économiquement aussi rude, de voir l'aisance de gens au pouvoir d'achat visiblement plus élevé; surtout lorsque cette différence apparaît parfois de manière aussi ostentatoire et qu'elle est rapidement identifiée par le langage.
*Notre recherche boulimique d'immobilier en Israël a fait grimper les prix de l'immobilier de telle manière que la classe moyenne israélienne ne peut quasiment plus se loger à Tel Aviv, et difficilement dans les autres grandes villes; c'est de la part de cette frange de la population, généralement bien cultivée, mais surtout la plus touchée par ce phénomène, que viennent les critiques les plus acerbes. Le fait que, politiquement parlant, les "français" ne soient en rien mobilisés contre ce phénomène ne fait qu'aggraver les choses.
*Lorsque l'on dit que l'on apporte de l'argent en Israël, on nous rétorque que l'on n'apporte pas cet argent en Israel, on vient l'y faire fructifier, souvent au détriment de l'économie du pays : combien d'emplois ont été créés par cet argent (à part quelques milliers d'employés du bâtiment, souvent étrangers) qui sommeille -pour peu de temps encore avec les nouvelles lois- dans les coffres des banques ? Combien d'entreprises créées ?
En dehors de quelques bastions communautaires qui se comptent sur les doigts d'une main, on a du mal à voir ce que représente le "Tsarfat" dans la société israélienne. Pas une seule hôtesse parlant français en 4trajets en avion dans la semaine, dans les cafés, restaurants, supermarchés. N'y a t'il aucun candidat à ces postes parmi nous ou bien pour l'état d'Israel cette langue, et ce qu'elle représente, est elle devenue complètement négligeable, notamment à cause de l'attitude de cette France inféodée aux dictatures du monde arabo-musulman.
*Il est curieux d'observer à quel point d'un coté les Tsarfat cherchent à retrouver tout ce qui peut leur rappeler la France (la culture -lorsqu'ils s'en sont imprégnés-, la nourriture, les lieux où ils vont se rappeler leurs souvenirs) et d'un autre cōté comment ils vont s'identifier tout de suite à un parti ou une obédience religieuse qui va accentuer les divisions pitoyables que l'on observe depuis si longtemps ici; jusqu'à faire qu'à Ashdod, considérée comme un des bastions de la communauté Tsarfat, il n'y ait eu à ma connaissance aucun français au conseil municipal ...
Etre Sioniste, ce n'est pas seulement transférer ses comptes et savoir que l'on a un refuge; c'est penser que faire son Alyah c'est aussi s'investir dans le développement du pays, être prêt à affronter ensemble les difficultés, ne pas se "ghettoiser". On peut être juif, Asioniste (sans projet d'Alyah) et aimer Israël , cela ne pose aucun problème dans la mesure où l'on accepte l'idée que nous sommes alors de simples "touristes", sans voix au chapitre concernant les affaires politiques internes du pays.
J'ai dit à mes interlocuteurs que je n'étais pas d'accord avec toutes ces remarques mais qu'à mon humble niveau je ferai tout ce que je pourrais pour susciter une réflexion, la plus large possible, où l'agressivité n'a ni sa place ni aucune utilité. Je serais fier d'arriver à tenir parole en suscitant vos commentaires ...