Le Juif "peuple élu" ??

15/04/2013 23:29

 

 

Lors de nos discussions avec nos concitoyens en France, le plus souvent dès qu’ils se sentent gênés dans leur argumentation, une phrase revient immanquablement, toujours exprimée sur un ton sarcastique : « bien sûr, vous avez toujours raison, vous êtes le le peuple élu » !!

Que faire pour lever ce regrettable malentendu, qui est progressivement devenu le socle de l’idéologie antisémite ?

Seul un éclairage précis pourrait donner la pertinence nécessaire à l’explication de cette expression, ce qui permettrait sans doute une amélioration significative des relations intercommunautaires.

Si nous nous considérons effectivement et fièrement comme « le peuple élu », ne serait il pas temps de rappeler qu’il ne s’agit pas d’une victoire électorale, sortie des urnes célestes, sur les autres religions. Nous pensons juste avoir été élus par Dieu, parmi l’ensemble des peuples païens de l’époque, pour recevoir  « les Tables de la loi », acrotère de la première religion monothéiste.

Dans notre tradition écrite et orale, ce statut ne nous confère aucun droit et ne nous impose que des devoirs, de fidélité à cette loi, de respect des commandements et des préceptes religieux.

Cela s’est traduit depuis des siècles par une culpabilité permanente –devenue le trait de caractère prédominant de la mentalité juive- à l’idée de ne pouvoir être à la hauteur de cette tâche sublime et sublimée.

Notre seul mérite reste et restera d’avoir été les premiers. Nous ne sommes pas meilleurs, mais certainement pas pires non plus, que les autres religions monothéistes, qu’elles pensent ou non avoir été inspirées par nos préceptes.

Tout ce que nous pensons avoir gagné par cette « élection » est cette humanité qui est en nous, tellement profondément que nous avons toujours refusé de la partager et encore moins de l’imposer aux autres, notre religion s’étant toujours imposé le refus du prosélytisme. Et malheureusement cela a toujours été interprété par nos détracteurs comme un rejet, un repli.

Cette notion de « peuple élu » contredit dès leur origine le caractère messianique que voulait apporter les prophètes et apôtres des autres religions. L’idée de cette « prétention » dominatrice a perduré à travers les siècles, suscitant puis justifiant les brimades, insultes, pogroms et déportations qu’Il a subies durant tout ce temps.

Pour corroborer cette funeste théorie, « ce peuple élu » s’est donc vu accusé de noirs desseins, et notamment de cannibaliser les sociétés en s’accaparant toutes les richesses par le biais de ses banques. Mais qui se souvient du poète chanteur, Herbert Pagagni, qui dans son magnifique plaidoyer, disait « L'antisémite de droite reproche aux juifs d'avoir fait la révolution bolchevique. C'est vrai. Il y en avait beaucoup en 1917.
L'antisémite de gauche reproche aux juifs d'être les propriétaires de Manhattan, les gérants du capitalisme. C'est vrai Il y a beaucoup de capitalistes juifs. La raison est simple : La culture, la religion, l'idée révolutionnaire, d'un coté, les portefeuilles et les banques, de l'autre, sont les seules valeurs transportables, les seules patries possibles pour ceux qui n'ont pas de patrie ».

Et quand a sonné l’heure du « retour au foyer », Il a constaté que bien qu’ « élu de Dieu parmi les païens », Il était loin de l’être par ses semblables, qui continuèrent –peut être plus encore- de lui vouer une haine indestructible. Il a montré que même choisi pour établir sur terre la notion de fidélité à Dieu, le Monothéisme, il avait autant de mal que les autres à éviter les vicissitudes de cette société consumériste, rongée par la violence physique et morale, la cupidité et l’ambition personnelle. Le peuple juif est tout à fait conscient que l’état qui se réfère à son histoire connait autant de problèmes sociaux, économiques et politiques que les autres… démocraties.

Et si ce peuple considérait son « élection » comme une victoire, comment expliquer qu’il n’en ait pas profité pour se livrer au prosélytisme et, comme les autres, essayé d’étendre son influence sur le reste du monde. Il a préféré la fidélité et la confidentialité. Il a récolté la violence et l’opprobre…

En dehors de ce que l’on fera pour nous sauver par nous-mêmes, nous nous prenons maintenant souvent à rêver qu’après avoir été le « peuple élu » de Dieu parmi les peuples païens, nous serions un jour élus « Peuple de la Paix » par nos contemporains croyants ou pas.

C’est sans doute un « vœu pieux », mais le jour où l’homme cesse de rêver il meurt.

                               René CHAMS